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Les Beltracchi, faux amis de l’art
Wolfgang peignait, Helene trafiquait certificats et généalogie. Un livre retrace l’histoire de l’un des plus gros scandales du marché de l’art de l’après-guerre.
<B>Les Beltracchi, faux amis de l’art</B> Né en Westphalie il y a 62 ans, Wolfgang Fischer a longtemps été un peintre raté, vivant de petits trafics. Dès son plus jeune âge, il exécutait des copies de tableaux, se vantant même d’en avoir vendu. En 1993, sa rencontre avec sa compatriote Helene Beltracchi va tout changer. Et pourrir pour longtemps le marché de l’art, éclaboussé par un des plus gros scandales depuis la guerre. Un gâchis, raconté dans un livre qui paraît en France.

Vivant à Mèze, près de Sète, le duo a mis sur pied une entreprise de falsification de vaste ampleur. Wolfgang peignait des compositions qu’il signait Braque, Derain, Van Dongen, Dufy ou Ernst. Helene assurait un packaging impeccable. Pour rassurer experts et amateurs, elle fabriquait des pedigrees prestigieux, reprenant des titres de peintures disparues dans les années 40. Elle s’est inventé un grand-père amateur d’art, Werner Jägers, dont la collection aurait été cachée sous le nazisme ; a fabriqué de fausses photos de leur appartement couvert de toiles. Et prétendait que la collection avait été alimentée par Alfred Flechtheim, un galeriste de Düsseldorf lié à l’avant-garde, dont les archives et une partie de la collection ont disparu quand il a été chassé d’Allemagne en 1933.

Pour boucler le tout, les faussaires ont eu l’intelligence de se couvrir en réclamant aux spécialistes des certificats d’authenticité. Et ils en ont obtenu. Beaucoup. Très vite, ils ont fait fortune. En 1999, ils ont acquis le domaine des Rivettes, sur les bords de l’étang de Thau. Six ans plus tard, à Fribourg, ils ont dépensé plus de 4 millions d’euros pour édifier une résidence secondaire au décor doré kitchissime de 450 m2, avec piscine. Avant tout, ils se sont offerts des liftings. Chez les Beltracchi, apparemment, tout est faux.

Le comte Otto fait merveille

Dans cette famille à la mode Dalton, la mère d’Helene a refilé un témoignage sur la prétendue collection familiale. De Paris, où elle était mariée à un officier de liaison allemand, la sœur, Jeanette Spurzem, aidait à la logistique. Le VRP était un vieil ami, Otto Schulte-Kellinghaus, aux airs de bourgeois strict. Toujours vêtu de noir et d’un chapeau, se faisant appeler «comte Otto», il faisait merveille chez les marchands et amateurs d’art. Ayant fini par reconnaître les faits, la bande a été condamnée par le tribunal de Cologne en octobre 2011. Tout en évitant le pire. Le panorama dressé par le livre est celui d’un commerce pris dans sa propre folie. Les tableaux changent de mains à vitesse éclair, à des prix de plus en plus délirants, dans une joyeuse ambiance de fraude fiscale. Le tout dans l’indifférence des autorités. Mais, au final, ni les experts ni les conservateurs ne sortent indemnes de cette affaire.

Les premières anomalies ont été repérées sur des imitations d’Heinrich Campendonk. Venu les rejoindre à Munich en 1911, ce peintre reste moins connu que Vassily Kandinsky et Franz Marc, avec lesquels il partageait le plaisir de la couleur. Campendonk a été traqué par les nazis, qui ont fait disparaître son œuvre du pays. Aujourd’hui, il est sali par ces contrefaçons. En 2006, la maison Lempertz à Cologne a ainsi adjugé Tableau rouge avec chevaux, signé Campendonk et daté 1914, pour 2,9 millions d’euros. Mais l’acheteur réclame un certificat d’authenticité. La spécialiste de Campendonk, Andrea Firmenich, demande alors un examen en laboratoire à Lempertz, qui refuse. Cela n’empêchera pas la dame d’authentifier la toile. Malheureusement, l’acquéreur - tenaillé par le doute - l’a soumise à un laboratoire de Munich. Qui a identifié des pigments inventés vingt-cinq ans après la date inscrite sur le tableau.

La spécialiste n’en démord pas

Friedericke von Brühl, une avocate berlinoise mandatée sur le dossier, ne va plus lâcher prise. Lempertz se débat, fournissant une attestation d’un institut Modigliani, basé à Paris et Rome. La société allemande peut difficilement ignorer que son fondateur, Christian Parisot, a été impliqué dans des affaires de faux. Sabine Roeder, la conservatrice du musée de Krefeld, ville natale du peintre dans la Ruhr, certifie n’avoir trouvé «aucun argument stylistique s’opposant à l’attribution du tableau à l’artiste». Finalement, le couperet tombe à Londres, où un technicien reconnu, Nicholas Eastaugh, atteste qu’en aucun cas, la peinture n’a pu être exécutée en 1914, ni même vraisemblablement du vivant de l’artiste.

Firmenich n’en démord pas, affirmant connaître d’autres Campendonk de la même provenance. Elle a en effet délivré un certificat pour un paysage similaire, cédé en 2004 par une galerie parisienne au comédien Steve Martin pour 700 000 euros. Ce dernier l’a revendu, dix-huit mois plus tard chez Christie’s à Londres pour 500 000. L’acteur, qui a publié depuis une satire des tricheries sur le marché de l’art, a donc perdu plus de 200 000 euros au passage. Mais il a vigoureusement démenti avoir voulu se débarrasser d’une marchandise devenue douteuse. Les policiers de Berlin ont pris conscience de l’existence d’un trafic en série après la découverte au dos du Tableau rouge d’une étrange étiquette jaunie (en fait, trempée dans du café) comportant la fausse signature de Flechtheim. Grâce à la ténacité d’un expert, Ralf Jentsch, des dizaines de peintures vont ensuite être repérées flanquées d’étiquettes aussi mal faites, au nom de galeries prestigieuses : Kahnweiler, Léonce Rosenberg ou Der Sturm. Les monogrammes sont inventés, les numéros d’inventaire mis au hasard, même l’orthographe est parfois inexacte…

Un premier moment d'incrédulité

Une cinquantaine de toiles ont été identifiées, faisant des victimes parmi des collectionneurs comme Daniel Filipacchi ou Jérôme Seydoux. Pour Tobias Timm, journaliste et coauteur du livre, leur nombre reste en réalité incalculable. En 1995, les mêmes avaient déjà essayé de fourguer des contrefaçons au patron de Lempertz, Henrik Hainstein, dont le nom revient souvent dans cette affaire. La police a saisi chez lui un faux Pechstein, daté 1908, alors qu’il disposait d’une étude sur son bureau faisant état de la présence d’un bleu inventé en 1935. Pour sa défense, Lempertz fait valoir que les «dommages subis sont bien plus grands chez Christie’s et Sotheby’s». Sans compter que cette dernière a refusé de collaborer à l’enquête : les policiers ont dû la menacer d’une perquisition à Londres pour obtenir in extremis la liste des peintures passées en son sein.

Des hommes aussi réputés que le courtier Marc Blondeau ou l’historien de l’art Werner Spies ont également été trompés. Le premier se souvient de sa stupéfaction lors de sa convocation à Berlin. Passé le premier moment d’incrédulité, il a apporté des éléments à la police qui l’ont aidée à pister d’autres tableaux. Ancien directeur du musée national d’Art moderne au centre Pompidou, Werner Spies en est sorti effondré. Il a authentifié sept Max Ernst, dont une imitation impressionnante intitulée la Horde. Avec un tel artiste, il est question à chaque fois de millions d’euros.

Aujourd’hui, Spies avoue avoir été «ébloui par ces clones et la provenance Flechtheim». Il n’a toutefois pas arrangé sa réputation en reconnaissant avoir touché des Beltracchi des commissions sur vente, de l’ordre de 8%. Il était loin d’être seul. Cette production a trouvé sa voie à la Biennale des antiquaires à Paris, à la foire de Maastricht, dans des musées allemands, au Met de New York, à la Fondation Maeght à Vence. Un montage, prétendument peint en commun par Braque et Friesz, a eu les honneurs d’une exposition à Lodève, près de Sète.

Le cas le plus grave reste celui de Burkhard Leismann, qui a exposé ces faux au musée d’Ahlen dont il était le directeur, tout en servant d’intermédiaire dans les ventes. En juillet 2010, c’est lui qui a alerté Helene Beltracchi de l’enquête en cours, permettant au couple de clore des comptes secrets, de virer des centaines de milliers d’euros, de revendre la Jaguar au frère de Wolfgang et de cacher des tableaux. La brigade de Berlin a précipité leur arrestation fin août.

Sa longue enquête s’est hélas fracassée sur une parodie de procès. Seuls quatorze faux, totalisant 35 millions d’euros, ont fait l’objet de poursuites. La plupart des délits étaient prescrits et des œuvres ont disparu dans la nature. En treize mois de détention, les accusés n’avaient pas pipé mot. Les avocats, sachant les preuves accablantes, ont obtenu une réduction de peine contre une reconnaissance de culpabilité sur les quatorze lots. Le procès, qui devait durer six mois, appelant à la barre des dizaines de témoins du beau monde, a tourné à la farce. En dix jours, l’audience a été close. Otto a écopé de six ans de prison, Wolfgang de sept et Helene de cinq. Deux ans plus tard, le couple vit à Cologne en semi-liberté. Négociant ses apparitions, beau gosse, cheveu long, arborant barbe et moustache, Beltracchi construit sa légende : celle d’un hippie attardé, «créateur» de génie, d’un «enfant» qui n’a cherché qu’à «s’amuser».

Le galeriste conteste

Dans ces mêmes années, plus d’une centaine de Modigliani contrefaits ont été saisis en Allemagne ; un scandale de faux Motherwell et Pollock a secoué l’Amérique ; la France a connu une vente frelatée d’incunables de la photographie, dont un des suspects, trafiquant notoire, aurait aussi écoulé des tableaux de Beltracchi.

Les ramifications en France sont importantes. Presque tous les spécialistes ayant signé des certificats sont installés à Paris. Nombre de tableaux de Beltracchi ont transité par les galeries de la capitale. La plupart des œuvres identifiées sont passées, selon l’enquête, entre les mains de Jean-François Aittouares. Ce galeriste de la rue des Beaux Arts conteste, mais s’abstient d’en préciser le nombre. Certains des faux étaient authentifiés par sa fille, Odile, qui s’occupe du catalogue d’Emile Othon Friesz. Mais l’enquêteur français n’a rien trouvé à reprocher aux marchands parisiens. Et rien n’a été fait pour relayer les soupçons à l’encontre d’un peintre vivant en France, qui aurait pu donner un coup de main au faussaire.

Aujourd’hui, Blondeau souhaite que le marché tire les enseignements de ce scandale, en dressant une «charte de conduite», obligeant à vérifier toute œuvre au passé inconnu. Un avertissement d’autant plus salutaire que, selon Spies, «si, heureusement, les faussaires ont été arrêtés, il reste des dizaines de leurs peintures en circulation». En octobre, un commissaire-priseur, Alexandre Millon, s’est fait confisquer un pseudo Kisling qu’il avait inscrit naïvement au catalogue comme issu de la «collection Jägers» et provenant des Beltracchi. Un an après leur retentissant procès à Cologne

«L’Affaire Beltracchi», de Stefan Koldehoff et Tobias Timm, chez Jacqueline Chambon-Actes Sud, à paraître le 3 avril.

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